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La solidarité selon Vatican II : former entre tous les hommes une même communauté

P. Tanguy Marie Pouliquen

La solidarité au service de l’unité du genre humain

La solidarité dépend en fait de chacun de nous. Le terme est clair : la solidarité indique que les hommes et les peuples sont tous égaux en dignité et en droit. Cette égalité implique qu’il existe entre eux une réelle interdépendance. Dieu a créé les hommes non pour vivre en solitaires mais en société (Constitution pastorale Gaudium et Spes 32, cité GS). Tous les hommes sont frères en humanité car ils ont tous Dieu pour unique Père (GS 31). La répartition des biens qui commande à la mise en œuvre de la solidarité a dès lors un but précis : favoriser l’unité entre tous les êtres humains. Cette solidarité légitime par exemple les droits sociaux des plus pauvres mais aussi un allègement de la dette des pays les moins riches (GS 85). En fait un partage.
Les hommes n’ont jamais été aussi près physiquement les uns des autres. On parle de mondialisation de l’économie, mais aussi de société planétaire. Face à ce phénomène d’uniformisation, la prise de conscience accrue des disparités implique un devoir croissant de solidarité : particulièrement entre les pays développés et les pays dits sous développés (GS 30). La réaction mondiale en faveur des sinistrés du Tsunami (décembre 2005) en Asie a été le signe visible que la solidarité n’est pas un vain mot. Pourtant l’aide au développement représente un montant dix fois moins importants que celui de la production d’armes !

La solidarité principe transversal de tout agir
La solidarité a deux versants. Elle est tout à la fois un principe et une vertu morale. Comme principe social, la solidarité doit ordonner toutes les institutions (politique, économique, financière, culturelles) (GS 57). Son objectif est de transformer les structures de péché qui aliènent les individus en structures permanentes de solidarité. Par exemple : éliminer les bidonvilles (une personne sur six dans le monde y vit) pour construire des logements à très bas prix sans oublier d’y reloger les plus pauvres !
La solidarité est aussi une vertu qui exprime non pas un sentiment mais un engagement volontaire pour le bien commun : notamment, en donnant de son temps et de son argent pour les autres (GS 55), c’est-à-dire, pour le bien de tous et de chacun parce que « tous sont vraiment responsables de tous ». Cette vertu sociale empreinte de justice conduit tout homme à se donner à son prochain, au lieu de l’exploiter (Mt 10, 40-42).
La solidarité est finalement une valeur permanente : elle est un principe transversal à toute l’éthique sociale de l’Eglise et donc à la vie quotidienne. La solidarité met en évidence les liens étroits qui existent aussi avec tous les autres principes : le bien commun, la destination universelle des biens, l’égalité entre les hommes et la paix dans le monde. Donner : c’est prévenir bien des guerres. Pardonner également. Pensons à la réconciliation dans la région des grands lacs particulièrement au Congo et au Rwanda.
Être solidaire est aussi un chemin personnalisant. La solidarité est clairement anti-individualiste. Elle comprend la personne comme s’accomplissant dans la construction d’une communauté qu’elle que soit sa grandeur, famille, village, ville, région, pays, continent. C’est le personnalisme communautaire. La solidarité tisse des liens qui unissent les hommes entre eux. Voilà pourquoi elle requiert de partager : surtout faire que les biens de la croissance soient réellement redistribués « entre tous » et « par tous ». La solidarité est également inséparable du principe de la destination universelle des biens qui comprend le droit de propriété non pas comme absolu (libéralisme) mais comme relatif : mon argent m’est confiée pour le bien du plus grand nombre. A cet égard, les engagements des pays les plus riches, à l’égard de l’Afrique notamment, ne doivent donc pas rester sans effet.

La communion dans le Christ comme finalité de la solidarité

La solidarité s’accomplit dans l’esprit de communion que transmet le Christ. Le sommet insurmontable de la solidarité est la vie même de Jésus de Nazareth. En lui le Fils de Dieu s’est fait homme pour que Dieu soit Emmanuel, c’est-à-dire : proche de tous les hommes, Dieu avec nous tous (GS 32). En Jésus la vie sociale, malgré ses difficultés, peut être vécue sous le registre de l’espérance. Le Dieu de Jésus-Christ offre sa grâce à tous les hommes afin qu’ils deviennent eux aussi fils de Dieu. A nous aussi d’être solidaire de nos frères (1 Jn 3, 16) les plus proches (solidarités locales) mais aussi les plus lointains.
L’Eglise, dans la communauté des nations, cherche à établir le fondement d’une commion fraternelle (GS 89). Les chrétiens particulièrement doivent montrer comment harmoniser l’initiative personnelle de la solidarité avec les exigences de tout le corps social (GS 76), les laïcs devant s’unir avec leurs concitoyens pour faire apparaître un nouveau lien d’unité et de solidarité universelle (Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise, 1965, AM 21).
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un milliard de personnes n’a pas accès à l’eau potable. Un autre milliard, parfois les mêmes, a faim, alors même que 50% des céréales produites sont consacrées à nourrir des bêtes. 1% des plus riches possèdent autant que les 50% des plus pauvres. Un tiers de l’humanité ne dispose pas de sanitaires corrects. 25% des habitants de notre monde vivent dans les mêmes conditions qu’il y a six milles ans. 25% également vivent avec 1,25 dollar par jour (par personne) et 50% avec deux dollars. 50% n’ont pas d’accès aux soins de santé.

Solidarité pour Jean Paul II : « C’est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes responsables de tous ». La solidarité conduit « à se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt, au sens évangélique, à se ‘perdre’ pour l’autre au lieu de l’exploiter, et à ‘le servir’ au lieu de l’opprimer à son propre profit » (Jean Paul II, Sollicitudo rei socialis, 1987, 38. 39).

Développement : « Le partage des ressources et des biens, d’où provient le vrai développement, n’est pas assuré par le seul progrès technique et par les simples relations de convenance, mais par la puissance de l’amour qui vainc le mal par le bien et qui ouvre à la réciprocité des consciences et des libertés. Le développement intégral de l’homme est d’abord une vocation et suppose que tous prennent leurs responsabilités de manière libre et solidaire » (Benoît XVI, Caritas in veritate, 2009, 9. 11).