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relire GAUDIUM ET SPES (Père Etienne Richer) PDF Imprimer Envoyer

Pour grandir dans la foi et l'espérance: Invitation à relire "Gaudium et Spes" 

 

( Concile Vatican II)

Par le Père Etienne Richer

( extrait de TROAS n°59 - juin 2012)

 

Le Père Etienne Richer a été durant plusieurs années membre du conseil d’administration de l’Association Alliances Internationales. Il a suivi de près les projets qu’elle soutient. A la suite du Père Tanguy-Marie Pouliquen ( voir TROAS n°58), il nous fait découvrir la richesse contenue dans un des documents  du Concile Vatican II dont nous célébrons le 50ème anniversaire cette année.  

 

Joie et espérance des enfants accueillis à TAN THONG ( Viêt Nam)

Un hebdomadaire catholique publiait en première page il y a quelques années un article intitulé : « Oublier Gaudium et Spes » ! Anecdote éditoriale mais symptomatique de ce que la tentation de rejeter une part majeure de l’enseignement du dernier Concile, en l’occurrence celle de la constitution pastorale sur L’Eglise dans le monde de ce temps, n’est pas toujours exorcisée. Rappelons qu’il s’agit de la dernière et de la plus longue constitution du Concile Vatican II adressée non seulement aux catholiques mais aussi aux chrétiens non catholiques, aux incroyants, aux hommes de bonne volonté comme à ceux qui s’opposent à l’Eglise (cf. GS 92). Le Cardinal Poupard nous l’explique : « Alors que par définition les textes d’un Concile sont destinés aux fils de l’Eglise, Vatican II a voulu s’adresser à tous les hommes pour leur exposer comment l’Eglise envisage sa présence et son action dans le monde d’aujourd’hui. C’est le but de la constitution Gaudium et Spes sur l’Eglise dans le monde de ce temps : faire passer la vigueur toujours neuve de l’Evangile dans les veines du monde moderne ». 

  

 

Elle s’ouvre sur ces mots qui ne sauraient laisser indifférent : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (GS 1). Durant les travaux conciliaires, de 1962 à 1965, des experts théologiens comme Yves Congar ou Marie-Joseph Le Guillou, ont montré à quel point la formule prophétique sur « l’Eglise des pauvres » lancée par le bienheureux Jean XXIII à la veille du Concile procédait d’une intuition d’ordre à la fois théologique, pastorale et missionnaire qui rappelait à tous que l’Eglise vit le mystère des richesses du Christ dans la pauvreté.

 

Le précédent numéro de Troas a déjà présenté, précisément à la lumière de Gaudium et Spes, ce qu’il en est du principe de solidarité selon Vatican II. En se référant aussi à Gaudium et Spes, ainsi qu’au magistère de ses prédécesseurs, le pape Benoît XVI a souligné récemment qu’un tel principe de solidarité doit être étroitement relié à un autre principe complémentaire, à savoir le principe de subsidiarité : « si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l’assistanat qui humilie celui qui est dans le besoin. Cette règle de caractère général doit être prise sérieusement en considération notamment quand il s’agit d’affronter des questions relatives aux aides internationales pour le développement. Malgré l’intention des donateurs, celles-ci peuvent parfois maintenir un peuple dans un état de dépendance et même aller jusqu’à favoriser des situations de domination locale et d’exploitation dans le pays qui reçoit cette aide » (Caritas in Veritate, 2009, n. 57).

Les Pères du Concile, durant la rédaction de Gaudium et Spes, n’avaient pas omis de mentionner cette règle particulièrement opportune en matière de coopération internationale dans le domaine économique : « C’est le rôle de la communauté internationale de coordonner et de stimuler le développement, en veillant cependant à distribuer les ressources prévues avec le maximum d’efficacité et d’équité. En tenant compte, assurément, du principe de subsidiarité, il lui revient aussi d’ordonner les rapports économiques mondiaux pour qu’ils s’effectuent selon les normes de la justice » (Gaudium et Spes 86 §5)

 

Qui se souvient aujourd’hui que ce principe devenu incontournable en science politique est un des plus beaux fruits de la doctrine sociale de l’Eglise ? Or, n’est-il pas plus actuel que jamais à l’heure de la mondialisation ?

 A l’école du bienheureux Jean-Paul II, qui fut l’un des principaux artisans de cette constitution pastorale Gaudium et Spes, complémentaire des trois grandes constitutions sur l’Eglise (Lumen Gentium), sur la Liturgie (Sacrosanctum Concilium) et sur la Parole de Dieu (Dei Verbum), nous serions bien inspirés de la relire pour en découvrir toute la force prophétique et l’actualité non démentie. Certes, elle ne saurait remplacer les considérations très élevées des trois autres constitutions mais, selon le mot du Cardinal Garrone, elle les amène à toucher terre ! Ne s’agit-il pas du document du Magistère de l’Eglise le plus fréquemment cité par Jean-Paul II dans son livre Mémoire et Identité (2005) publié quelques mois avant sa mort ? N’est-ce pas sur la base de l’anthropologie chrétienne de Gaudium et Spes et de son apport sur la vocation de l’homme dans le Christ que le pape Jean-Paul II a pu écrire dans sa première encyclique que « l’homme est la route de l’Eglise »?

 

Cette constitution pastorale Gaudium et Spes, comme l’a expliqué Jean-Paul II à temps et à contretemps, nous permet d’aller au cœur du message du Concile sur l’Eglise ad extra en nous remettant devant le dessein d’amour du Seigneur tel qu’il se déploie et se consomme au sein de l’humanité de ce temps : « partant de la question fondamentale de la vocation de la personne humaine, le document conciliaire en analyse l’une après l’autre les multiples dimensions. Il s’arrête en particulier sur le mariage et la famille, il s’interroge sur la culture, il affronte les questions complexes de la vie économique, politique, sociale, dans le cadre national et international ».

 

Certes, aux yeux du lecteur de 2012, lorsque le Concile décrit la société occidentale des années soixante, soit du point de vue culturel (GS 54-62), soit du point de vue économique (GS 63-72), ou bien politique (GS 73-76), ou international (GS 77-90), il s’agit là, du moins pour une part, de considérations contingentes sur des circonstances mouvantes ayant beaucoup évoluées depuis un demi-siècle. Cette constitution n’en montre pas moins comment la glorification de Dieu se présente dans la vie active, comment la lumière reçue de Dieu est portée dans le monde, en affirmant que c’est seulement en respectant et favorisant la dignité humaine que ce monde peut glorifier Dieu.

 

Nous faisons mémoire en cette année 2012 du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile œcuménique Vatican II. Un évènement en lequel Paul VI discernait un « grand et triple acte d’amour (…) envers Dieu, envers l’Eglise et envers l’humanité »Triple acte d’amour, dont la fécondité « ne s’est pas du tout affaiblie » mais au contraire « continue à agir à travers la riche dynamique de ses enseignements »], ainsi que le bienheureux Jean-Paul II eut soin de le rappeler lors du Jubilé de l’An 2000.

 

P. Etienne Richer

 

 


[1] Paul Poupard, Le Concile Vatican II (Que sais-je ? n° 2066), PUF, 1997, p. 94.

[2] Jean XXIII, Discours au Concile (Documents conciliaires 6), Paris, 1966, P. 263-267.

[3] Cf. Jean-Paul II, Le Rédempteur de l’Homme, 1979, n. 21-22.

[4] Jean-Paul II, Mémoire et Identité, Flammarion, 2005, p. 57.

[5] Paul VI, Discours d’ouverture de la quatrième Session.

[6] Jean-Paul II, Discours au Congrès international sur les applications des orientations du Concile Vatican II, 27 février 2000.

 

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