Mali – Bamako, foyer maternel

Centre « la Sainte Famille » pour jeunes mamans en détresse. Présenté par sr Yvette , responsable du Centre.
(extrait de TROAS/ Le Courrier d’Alliances Internationales n° 61 mars 2013)

Le foyer maternel est un lieu de repos de l’esprit et du cœur, où les jeunes mères apprennent à aimer leur enfant et aussi à s’aimer elles-mêmes. Beaucoup y reviennent en visite, telle Sarah pour nous annoncer son mariage. Comme nous le leur rappelons,  «même après votre départ, cette maison demeure votre maison.»

La mission à Bamako fondée en 1996 : « la Sainte Famille », est un foyer d’accueil pour jeunes filles-mères en situation de détresse, soutenu dès la première heure par l’Association Alliances Internationales. Sur la grande route à la sortie de Torokorobougou, à Bamako,  un panneau discret sur le portail indique : « Communauté catholique des Béatitudes ». On entre dans une grande parcelle, avec deux bâtiments et une paillotte au milieu. Depuis mars 1996, nous sommes quelques sœurs à Bamako, capitale du Mali, à la demande de l’évêque du lieu,  Monseigneur Luc Sangaré, décédé le 11 février 1998, pour  venir en aide aux jeunes filles-mères en difficulté, sans distinction de religion. Mais l’accueil des mamans a vraiment débuté en mars 1997 après un temps d’adaptation, d’apprentissage de la langue et des coutumes de ce pays. Notre évêque actuel est Monseigneur Jean Zerbo, précédemment évêque de Mopti.

Le Mali est un pays sahélien très pauvre. La sécheresse y sévit souvent et affame les villages. Les habitants fuient vers la ville espérant trouver un travail et survivre. Les filles, parfois très jeunes, analphabètes, y trouvent des conditions de vie déplorables. Elles rencontrent de nombreux dangers : mauvais traitements, abus sexuels, et grossesses indésirées. La venue d’un enfant est souvent dramatique, mal acceptée par la famille. Par peur, elles sont tentées par l’avortement, par l’abandon ou même l’infanticide et se retrouvent parfois en prison.

D’autres mamans viennent de la rue. De plus en plus, nous accueillons des élèves et des étudiantes qui contractent des grossesses indésirées, remettant en cause leurs études. Elles viennent aussi du pays limitrophe, le Burkina Faso.
Aucun lieu d’accueil n’existait pour elles. Depuis l’existence de ce foyer, nous avons accueilli près de 600 mamans.  Notre objectif est de leur donner une dignité et de tout faire pour qu’elles n’abandonnent pas leur enfant. Pour la vie quotidienne, les  soins, la nourriture, les sœurs ont été aidées au début par des donateurs, et très vite par l’Association Alliances Internationales (AAI)  pour la plus grande part du budget de fonctionnement. Outre l’apport de l’AAI pour le fonctionnement du centre, l’Association a aussi financé des projets de construction en 2001 et les travaux de renouvellement du château d’eau.

Les jeunes femmes arrivent au centre dans les dernières semaines de leur grossesse, souvent après avoir tenté d’avorter et y passent au minimum un mois et demi après l’accouchement. Le centre les aide matériellement pour accoucher dans une maternité, pour se procurer les médicaments, pour effectuer les démarches administratives de déclaration et de reconnaissance de l’enfant.

Habituellement, les mamans s’occupent de leurs enfants ! Avant et après la naissance, les jeunes mères participent à la vie du centre en faisant le ménage, la lessive et en préparant leur repas tout en apprenant souvent le B.A.BA de la petite maman. Elles suivent une heure de cours d’alphabétisation par jour, des cours de couture, d’économie familiale  et l’apprentissage de quelques activités génératrices de revenus (fabrication de sirop de gingembre, de purée de tomates mise en bouteille etc., sans compter le travail dans le jardin potager !). A la demande elles bénéficient d’une écoute etd’un accompagnement psychologique. Nous leur faisons également  une formation sur la prévention du SIDA. Nous essayons aussi, pendant la durée de leur séjour, de faire se renouer le contact entre les pensionnaires et la famille. Nous leur expliquons qu’elles sont dans des situations très  voisines, et  ainsi elles apprennent à s’aimer et à s’entraider. On discute et on partage.

Après leur séjour au centre, nous essayons de les réinsérer dans la société. Plusieurs cas peuvent se présenter :
• Le retour en famille après le travail de la réconciliation : d’autres structures nous aident car il faut aller les visiter pour voir si elles sont à l’aise.
• Leur trouver un travail de femme de ménage par exemple. Elles sont logées dans la famille qui les emploie et nous veillons  à ce qu’elles soient bien traitées. Elles font des économies dans le but de retourner dans la famille.

Quand les jeunes femmes sont élèves ou étudiantes, en prenant une nourrice, nous leur permettons de préparer leur avenir par des cours du soir. Dans ce cas, elles restent plus longtemps au centre. C’est le cas d’Anastasie qui a réussi son examen et attend le stage pour valider son diplôme. Des améliorations seraient souhaitables dans l’avenir, comme disposer d’un lieu de garderie pour ces mamans afin qu’elles puissent accéder à une formation plus poussée. Un autre souci que nous portons  est de leur permettre de devenir autonome, mais c’est un défi dans ce pays de plus en plus pauvre.
Nous vivons essentiellement de l’aide des donateurs, et principalement de ceux de l’AAI. Nous faisons la vente de nos produits : sirops, purée de tomate, objets religieux, et nous avons un jardin potager qui nous fournit les légumes et un verger qui nous fournit les fruits. En ce moment de guerre, nos clients sont presque tous partis pour préserver leur sécurité. Le pays est en état d’ « hibernation » avec son lot de chômage. Mais les mamans nous arrivent toujours aussi nombreuses.

Nous recevons un bon accueil des autorités, et des personnes de bonne volonté nous soutiennent par des dons souvent en nature. L’hôpital, pour les accouchements, nous a accordé de ne payer que la moitié des frais d’hospitalisation.